Pourquoi envisager un passage de l’HAD à l’EHPAD ?

Selon la Fédération Hospitalière de France, près de 40 000 patients bénéficient chaque année de l’HAD (FHF). L’HAD permet des soins techniques à domicile, mais elle suppose l’implication active des proches. Plusieurs situations peuvent amener à préférer l’EHPAD :

  • Évolution de la maladie : Une aggravation qui demande une surveillance continue ou une équipe soignante présente en permanence.
  • Epuisement de l’aidant : Un proche à bout de force, un isolement psychique ou une difficulté à combiner accompagnement et vie personnelle.
  • Chutes ou pertes d’autonomie : La perte d’autonomie (GIR 1 ou 2), qui rend le maintien à domicile risqué.
  • Besoins de soins complexes : Soins palliatifs, nutrition artificielle, troubles du comportement, aides techniques insuffisantes à domicile.

Le recours à l’EHPAD concerne près de 600 000 résidents en France (source : DREES, 2024), dont la majorité étaient auparavant à domicile – parfois en HAD.

Préparer la transition : étapes à suivre

Anticiper la transition réduit l’anxiété et les imprévus. Voici les grandes étapes à franchir :

1. Identifier le bon moment

  • Évaluer le niveau de dépendance via la grille AGGIR (utilisée lors des admissions en EHPAD).
  • Impliquer l’équipe médico-sociale (HAD, médecins traitants, assistantes sociales) dans la réflexion. Parfois, un stage temporaire en EHPAD permet de tester l’adaptation.

2. Informer et réunir les proches

  • Organiser une réunion avec la famille et l’équipe de soins pour partager les options, les enjeux, et répondre aux questions de chacun.
  • Impliquer le patient autant que possible dans le choix pour respecter ses volontés – même lorsque l’autonomie faiblit.

3. Rechercher et choisir un EHPAD adapté

  • Définir les critères : proximité géographique, budget, spécialités (Alzheimer, Unité de Vie Protégée…), places disponibles.
  • Comparer les EHPAD avec des annuaires fiables (ex : pour-les-personnes-agees.gouv.fr).
  • Visiter les établissements : demander à rencontrer le médecin coordonnateur, visiter les chambres, s’informer sur les animations et la restauration.
  • Anticiper : le délai moyen d’attente en région parisienne approche 3 à 6 mois (source : FNAQPA).

4. Démarches administratives

  1. Dossier d’admission : Formulaire Cerfa unique obligatoire pour l’entrée en EHPAD, à envoyer avec les justificatifs nécessaires (carte d’identité, avis d’imposition, attestation de sécurité sociale, dossier médical).
  2. Droits et aides : Demander l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) en EHPAD, prévoir l’évaluation du GIR.
  3. Résiliation HAD : Prévenir l’équipe HAD (préavis d’une à deux semaines à respecter), organiser la récupération du matériel médical.

Coordonner le transfert médical et le suivi du dossier

Organisation du passage de relais médical

  • Transmettre un compte-rendu médical détaillé à l’EHPAD : traitement, allergies, antécédents, ordonnances en cours.
  • S’assurer que les traitements spécifiques (antalgie, nutrition, soins de trachéotomie, aspirations…) sont bien compris et anticipés par l’équipe EHPAD.
  • Demander à l’infirmière coordinatrice HAD d’échanger en direct avec la future équipe d’EHPAD pour évaluer ensemble les besoins et éviter toute perte d’information.

La phase de transfert

  • Préparer à l’avance les affaires du résident : vêtements, objets personnels, matériel de mobilité.
  • Prévoir un transfert médicalisé si besoin (ambulance ou VSL), surtout en cas de perfusions, oxygénothérapie ou lit médicalisé.
  • Demander à l’EHPAD s’il existe un temps d’accueil ou "journée d’intégration", parfois proposé pour faciliter l’adaptation.

Accompagner les aspects émotionnels et relationnels

Le passage vers l’EHPAD est chargé d’émotions pour tous. En France, près d’un aidant sur deux déclare avoir ressenti de la culpabilité et de l’épuisement à cette période critique (Sondage France Alzheimer, 2023).

Pour le résident

  • Prévoir une période d’adaptation : plusieurs semaines sont parfois nécessaires pour que le résident trouve ses repères.
  • Favoriser les visites régulières au début (si possible tous les deux-trois jours).
  • Impliquer l’équipe d’animation pour intégrer rapidement des activités adaptées à ses goûts.

Pour la famille et les aidants

  • Accueillir son ressenti : fatigue, colère, peur, sentiments d’abandon. L’accompagnement psychologique (via le réseau Espace Aidants, France Alzheimer, ou AP-HP) peut soulager ces émotions.
  • Poser ses questions aux soignants de l’EHPAD pour garder un lien de confiance et ne pas se sentir exclu des décisions concernant son proche.
  • S’informer sur les temps de visite, la politique de l’établissement et l’organisation des soins palliatifs, le cas échéant.

Questions pratiques le jour J et les premières semaines

  • Faire l’inventaire des biens du résident (objets précieux, appareils médicaux loués, papiers administratifs).
  • Prévoir des doubles d’affaires courantes (lunettes, téléphones, habits, produits de toilette).
  • Mettre à jour les coordonnées auprès de la caisse d’assurance maladie, des mutuelles et de la banque.
  • Conserver les contacts utiles : médecin traitant, référent social, équipe HAD si une réévaluation doit être faite plus tard.
  • Demander un premier rendez-vous de suivi avec le médecin coordonnateur de l’EHPAD, dans les dix jours suivant l’admission.

Pistes pour valoriser l’arrivée à l’EHPAD

Souvent perçue comme une finition, l’entrée en EHPAD peut pourtant aussi être source de nouveaux liens et d’activités enrichissantes. En France, près de 3 résidents sur 4 participent à une activité collective hebdomadaire (Enquête DREES 2022), et 40% découvrent au moins un nouveau loisir après leur arrivée.

  • Inviter les proches à personnaliser la chambre : photos de famille, petit mobilier, souvenirs personnels facilitent l’ancrage.
  • Encourager le maintien de rituels venus de la maison : regarder une émission ensemble, partager le goûter, fêter les anniversaires au sein de l’établissement.
  • Demander des comptes-rendus réguliers à l’équipe : tenir un « carnet de liaison » partagé, pour tracer l’évolution de l’état de santé, des progrès ou des difficultés du résident.

Ressources et liens utiles

Pour aller plus loin : rester acteur de la transition

La coordination entre HAD et EHPAD est un acte d’équilibre. En anticipant les étapes, en communiquant avec tous les professionnels concernés, et en favorisant l’expression des besoins, il est possible d'apaiser les craintes et de vivre au mieux cette période charnière. Chaque histoire est unique, chaque adaptation différente : osez solliciter les équipes pour ajuster les soins, gardez toujours un lien avec votre proche, et sachez que le rôle d’aidant reste essentiel, même après l’entrée en établissement. La douceur de la transition dépend aussi du soutien tissé autour du résident, avec bienveillance et lucidité.